Traces humaines: la Loire-Atlantique de la Préhistoire aux Vikings
du 24 mars 2006 au 31 décembre 2008 au musée Dobrée  à Nantes.


L'Europe glaciaire

Paysage paléolithique • peinture Gérald Musch

Entre 500 000 et 12 000 avant notre ère, le climat du Paléolithique était une succession de périodes très froides, de glaciations, entrecoupées de périodes de réchauffement, dites interglaciaires. En période très froide, la France était partiellement couverte de glaciers (Alpes, Massif central et Pyrénées). Beaucoup d’eau étant gelée, le niveau de la mer pouvait baisser jusqu’à - 150 m par rapport au niveau actuel : les terres émergées s’en trouvaient étendues et Noirmoutier et les Îles Britanniques faisaient alors partie du continent.

La Loire, dont l’exutoire était très au large, creusait une étroite vallée dans les sédiments accumulés ; les marais (la Brière) étaient alors des terres fermes. En période de réchauffement, les glaciers fondaient, le niveau de la mer remontait, les terres se « rétrécissaient » et l’estuaire de la Loire, élargi, se comblait de sédiments. Nous vivons actuellement une phase tempérée, dite « postglaciaire », qui a commencé il y a environ 12 000 ans.

Le réchauffement de la planète fera monter le niveau de la mer et réduira les terres émergées.


Le Paléolithique en Loire-Atlantique

Des origines au XIe millénaire av. J.-C.

Le Paléolithique (« âge de la pierre ancienne ») est une très longue période qui commence avec l’apparition de l’Homme il y a 2,5 millions d’années en Afrique, et se termine avec la fin de la période glaciaire, il y a 12 000 ans.

En Loire-Atlantique, il y a peut-être 500 000 ans, l’homme a vécu sur les bords de la Loire et le long des côtes en compagnie de grands mammifères aujourd’hui disparus, nous laissant pour seules traces de son passage ces innombrables pierres habilement taillées qui composaient l’essentiel de son outillage.

Chasse à l’aide d’un propulseur
• dessin Gilles Tosello

Il vit de l’exploitation des ressources sauvages et spontanées : chasse, pêche, cueillette. Nomade et prédateur, il suit tantôt les troupeaux de grands animaux herbivores (mammouth, rhinocéros laineux, bison), qui évoluent dans une steppe herbeuse parsemée de petits bosquets, tantôt, en phases tempérées, les troupeaux des grands bovidés (aurochs), les bandes de chevaux (cheval de Przewalski) évoluant dans un paysage forestier parcouru par de grandes hardes (cerf mégacéros, cerf élaphe, renne). Au cours de ses migrations, pour se protéger du froid, l’homme aménage des gîtes sous des aplombs rocheux (« abris sous roche »), au pied des falaises fluviales ou côtières. Il domestique le feu vers 500 000 av. J.-C.


La grotte ornée de Mayenne-Sciences à Thorigné-en-Charnie (Mayenne)

A une vingtaine de kilomètres à l’est de Laval, le défilé de l’Erve, dans le massif calcaire dit de Saulges (Mayenne), en fait situé sur trois communes (Saulges, Saint-Pierre-sur-Erve et Thorigné-en-Charnie), possède plusieurs abris préhistoriques et l’une des très rares grottes ornées du massif armoricain, Mayenne-Sciences, loin du Périgord, du Quercy ou des Pyrénées. Cette petite caverne en angle droit, formée de quatre salles en enfilade, mesurait environ 50 m de long à l’époque paléolithique. Elle est «ornée» de 59 dessins, dont 16 animaux (9 chevaux, 2 mammouths, 1 bison, 4 indéterminés dont certains pourraient être des bovidés), 19 signes (traits parallèles, signes angulaires, zigzags, signes ovalaires, paraboliques, bâtonnets), 18 gravures et 14 traces digitales rouges (doigts, paumes, pouces).

Les sujets sont traités, en simple silhouette, en noir (charbon de bois sec) et les empreintes de main, en rouge (ocre ou hématite). Ces dessins appartiennent à la culture dite du Gravettien et sont datés par le Carbone 14 vers 23 000 avant J.-C.

Dans le «sanctuaire» (20 m x 5 m), entre 2 fissures et une banquette rocheuse, sont figurés, sur deux registres, l’affrontement d’un cheval et d’un mammouth, des chevaux et des signes divers. Les deux secteurs «secondaires» qui l’encadrent présentent une organisation symétrique : le mammouth est la première figure rencontrée dans la grotte et le cheval, dans la dernière partie. Tout autour, comme autant de marques rituelles (?), des empreintes digitales rouges suggèrent que le décor a fonctionné comme un discours symbolique.


Le Mésolithique : la fin des temps glaciaires

10 200 à – 5500 av. J.-C.

Le Mésolithique («âge de la pierre moyenne») désigne la période comprise entre le Paléolithique et le Néolithique. Il est marqué par un réchauffement des températures qui entraîne de profondes modifications de l’environnement et du mode de vie. Les derniers animaux de climat froid (mammouths, rhinocéros laineux) migrent ou disparaissent, remplacés par de plus petits herbivores qui vivent en troupeaux (rennes, chevaux, aurochs, sangliers) ou en hardes (cerfs, bouquetins), et par de petits mammifères. Le paysage change, les espèces végétales actuelles colonisent notre territoire, les glaciers fondent et le niveau de la mer passe de - 50 m, vers - 8000, à - 10 m vers 4000 av. J.-C. Les profondes vallées de la Brière se comblent de vase (jusqu’à 20 m de hauteur !).

Période Mésolithique - vie quotidienne
• maquette Michel Politzer

Avec des conditions climatiques plus favorables, identiques aux nôtres, les populations mésolithiques vont adapter leur mode de vie : ce sont encore des prédateurs, mais leur outillage de pierre (grattoirs, perçoirs, racloirs et burins) s’adapte à des techniques nouvelles pour chasser un gibier plus agile : l’arc permet de tuer les petits mammifères et les oiseaux. Flèches et harpons sont équipés de petites pièces de silex ou de grès lustré (microlithes), souvent géométriques (triangles, trapèzes, pointes, segments de cercle), disposés en batterie sur les hampes. L’alimentation fait largement appel à la cueillette, à la récolte des coquillages sur le littoral, au ramassage des escargots. C’est le début de la domestication animale (chien). Avec le Mésolithique s’éteignent les derniers chasseurs cueilleurs préhistoriques.


Une «culture» originale : le «Retzien» VIe millénaire av. J.-C.

On a donné le nom de «Retzien» aux traces laissées par une population du Pays de Retz dont les microlithes («petites pierres») présentent des caractères originaux : les matériaux locaux (quartz arénite de Montbert, phtanite, galets de silex d’origine côtière) sont débités en éclats (armatures) dont la taille minutieuse est influencée par les populations dites de la Céramique imprimée.

Les armatures du Châtelet sont des triangles le plus souvent équilatéraux, dont les troncatures sont réalisées par des retouches bifaciales courtes. Elles sont connus en grand nombre sur les sites retziens, en Loire-Atlantique et en Vendée, parmi des outils parfaitement caractéristiques du Mésolithique final. Elles montrent l’influence technique du Néolithique ancien méridional. Connu sur une quarantaine de sites, essentiellement en Loire-Atlantique et en Vendée, notamment grâce aux travaux du Dr M. Tessier sur l’embouchure de la Loire, le Retzien se caractérise par la faible superficie des habitats, leur espacement régulier sur la côte et l’orientation de la chaîne opératoire vers la fabrication de pointes de flèches : on suppose une exploitation régulière, par de petits groupes, des matériaux trouvés dans l’estuaire de la rivière de Pornic (Loire-Atlantique) aujourd’hui submergée. Une datation par carbone 14 du site de la Gilardière indique que cette industrie date d’environ 5600 à 5200 av. J.-C.


Le Néolithique

Dessin Gilles Tosello

Agriculteurs et éleveurs

Le Néolithique («âge de la pierre nouvelle») se caractérise surtout par un changement économique radical et l’évolution de l’organisation de la «société». Nomade jusqu’alors, l’homme se déplaçait au rythme des saisons et à la suite des grands troupeaux, se nourrissant d’animaux ou de végétaux prélevés sur la nature. Avec des conditions climatiques plus favorables, des agriculteurs et des éleveurs rompent, peu à peu, l’équilibre entre les chasseurs et leur territoire, en déboisant pour créer des pâturages et des champs.

De prédateur, l’homme devient producteur. Il intervient sur l’environnement pour produire l’essentiel de sa nourriture, ce qui entraîne un spectaculaire accroissement de la population. Il innove sur le plan technique : polissage de la pierre, tissage des fibres, construction de maisons, et s’organise différemment pour assurer son alimentation : la naissance de l’agriculture (blé et orge), le développement de l’élevage (boeufs et moutons) entraînent la fabrication de céramiques, (pour cuire et conserver la nourriture), et la sédentarisation auprès des champs, avec la création des premiers villages.

En Loire-Atlantique ces pratiques nouvelles arrivent par le sud et par le littoral. Les premiers agriculteurs s’installent sur les plaines côtières et les bords de l’estuaire mais la remontée du niveau de la mer a noyé les habitats les plus anciens.


Du Néolithique au Chalcolithique en Loire-Atlantique

La diffusion du Néolithique depuis le Proche-Orient

Saint-Lyphard - Kerbourg

A partir de 15 000 avant J.-C., le climat devient plus chaud et humide. Au Proche-Orient, le « croissant fertile » se peuple d’animaux et de plantes sauvages, comestibles et potentiellement domesticables. Cette abondance de ressources explique le nom de ce grand arc de cercle qui longe les côtes méditerranéennes, contourne le désert syrien puis descend, à travers les plaines mésopotamiennes, jusqu’au golfe Persique. Progressivement, sur huit millénaires, l’agriculture (céréales) et l’élevage (chèvre, mouton, porc, boeuf) gagnent peu à peu l’Occident.

Ce nouveau mode de vie se diffuse à partir du VIe millénaire, d’une part, depuis les Balkans jusqu’au Portugal, le long des côtes méditerranéennes, d’autre part, depuis les Carpates, vers le nord-ouest, en suivant le cours du Danube et de ses affluents.

Le cheminement côtier méditerranéen fut plus rapide : les animaux domestiques sont introduits dans le midi de la France vers 5800 avant J.-C. Les premières traces d’agriculture reconnues en Loire- Atlantique peuvent être datées du Ve millénaire (blé carbonisé trouvé sous le tumulus de Dissignac, à Saint-Nazaire).

Une grande architecture de pierre : les mégalithes

Au Ve millénaire, 1500 ans avant les pyramides d’Égypte, commence à se développer en Armorique une puissante civilisation issue des premiers cultivateurs des bords de l’océan. Mus par une religion très puissante, ils ont construit les premiers monuments en pierre de l’humanité, ces grands «cairns» indestructibles destinés à abriter les dépouilles des chefs tout en marquant leur territoire. Auréolés de légendes et de mystères, ces mégalithes, ou «grandes pierres», doivent leur nom à leurs blocs de grandes dimensions.

Les dolmens sont des sépultures collectives à couloir d’accès et chambre funéraire, jadis recouverts d’une petite colline de pierres (cairn) ou de terre (tertre). Les menhirs (pierres dressées) sont plus énigmatiques car leur environnement est rarement fouillé : isolés, ils sont interprétés comme des bornes repères ou des monuments commémoratifs ; groupés en alignement ou en cercle (cromlech), on leur attribue des fonctions d’allée processionnelle, d’enceinte sacrée ou d’observatoire astronomique.

Ces puissantes constructions ont nécessité une population nombreuse, fortement hiérarchisée et organisée, la connaissance des matériaux et la maîtrise de la manipulation des charges lourdes. Elles témoignent d’une vie spirituelle très développée, dans laquelle les pierres dressées, mêlées au monde des vivants, pouvaient jouer un rôle important. Cette population est très liée au domaine maritime car ses tombes sont beaucoup plus nombreuses sur le littoral qu’à l’intérieur des terres. En basse Loire, les mégalithes se concentrent autour de la Brière, vaste dépression maritime comparable au golfe du Morbihan, autour de l’embouchure de la Loire, et de part et d’autre de la ria de Pornic.

Aucune tombe n’est construite le long de l’estuaire au-delà de Donges, comme si le domaine maritime, aux confins occidentaux du continent européen, avait été le domaine réservé à la spiritualité et aux grandes manifestations de la puissance néolithique. Les pierres dressées ont, elles, une répartition beaucoup plus vaste que les tombes mégalithiques.

Dans un paysage alors très déboisé, ces monuments devaient être visibles de loin et constituer de véritables marques territoriales, symbolisant l’ancrage d’une communauté villageoise sur son territoire.

Le Néolithique « campaniforme »

Hache marteau

Au IIIe millénaire av. J.-C., l’estuaire de la Loire et le littoral de Loire-Atlantique appartiennent encore à la «culture» de l’Armorique méridionale. Sur la rive sud du fleuve, près de Corsept, la sépulture du Moulin-Perret est l’exemple le plus méridional d’un groupe de tombes dérivées des grands mégalithes du Morbihan.

Mais déjà le développement de la métallurgie dans le centre de Europe fait sentir ses effets jusqu’à l’Atlantique au Chalcolithique (âge de la pierre et du cuivre) : de petits groupes de migrants apportent des rites funéraires nouveaux et des objets inspirés de prototypes métalliques : les haches marteaux et les bipennes perforées en pierre dure, découvertes, parfois, dans d’anciennes sépultures mégalithiques réutilisées : dolmens de la Vacherie, à Donges, et du Grand Carreau Vert, à Saint-Michel-Chef-Chef. Copiées par des artisans du sud Finistère dans une roche locale, la hornblendite, ces «haches de combat» sont diffusées vers l’est en suivant les voies maritimes et fluviales.

Peu après, des groupes qui produisent des céramiques en forme de cloche renversée («campaniformes») apportent dans l’Ouest les premiers objets métalliques, en cuivre et en or. Les alènes en cuivre mêlé d’arsenic (à la Pierre-Couvretière, Ancenis) ont une origine ibérique comme la pointe de javeline type «Palmela», d’origine portugaise, draguée en Loire devant Trentemoult (Rezé) avec des haches plates plus tardives.

Le petit ornement d’or de la Pierre-Couvretière, à Ancenis, le bracelet de type « gargantilla » d’un dolmen de Saint-Père-en-Retz, et le collier en perles tubulaires du dolmen de la Motte, à Pornic, montrent des relations tant avec le littoral morbihannais qu’avec l’Espagne et le Portugal atlantiques.

Cette communauté culturelle s’illustre massivement, vers 2500- 2000 av. J.-C., par la forme atlantique du vase campaniforme, gobelet en forme de cloche renversée, orné de bandes horizontales incisées ou imprimées, à l’aide d’un peigne ou d’une cordelette, sur l’argile lisse. Ces vases superbes sont retrouvés dans les sépultures secondaires de mégalithes, comme le dolmen de la Roche à Donges, ou dans la Loire.


L’âge du Bronze atlantique

Plus que la taille de la pierre et la poterie, le travail du métal procède d’une économie et d’une technologie complexes, les premières, historiquement, dans l’organisation de la production et de la distribution, et provoque de profondes mutations sociales.

Paysage âge du bronze
• peinture Gérald Musch

Avec l’âge du Bronze, une nouvelle organisation du travail vient s’ajouter aux échanges à longue distance déjà initiés au Néolithique pour la recherche de pierres vertes (jadéite et éclogite, notamment). Les tâches se diversifient, et se spécialisent ; les échanges créent et concentrent les richesses et provoquent une hiérarchisation accrue des groupes humains.

Rare mais facile à conserver (thésaurisation) et à recycler, le bronze, alliage de cuivre et d’étain, est source de richesse, de puissance et donc de rivalités. La rareté du cuivre et de l’étain, les lingots et les objets finis suscite des réseaux d’échanges qui traversent l’Europe et transmettent les influences culturelles. Fournisseur du très rare minerai d’étain (alluvions de Pénestin, gisements d’Abbaretz et peut-être de Nantes, dont on ne sait à partir de quand ils ont été exploités), l’estuaire de la Loire est un carrefour pour ce trafic stratégique et un exutoire pour les productions locales.

On sait peu de chose de l’habitat et de la vie quotidienne de cet âge du Bronze dans la région. Les observations de l’ingénieur Kerviler, inventeur de la première tentative de chronologie absolue à Saint-Nazaire (bassin de Penhoët, fin du XIXe s.), les dragages anciens, évidemment sélectifs, et les prospections récentes sur les berges, suggèrent l’existence de «zones portuaires», notamment entre Nantes et Ancenis, qui auraient fonctionné durant toute la Protohistoire et jusqu’à l’époque gallo-romaine.

C’est peut-être à la fin de l’âge du Bronze que les caractères atlantiques des groupes bretons se manifestent le mieux, à travers, notamment, la fabrication des fameuses épées «en langue de carpe» (longues lames à extrémité effilée). Témoins de cette intense activité, treize gros dépôts de bronziers, de marchands (objets brisés volontairement pour refonte ou produits finis) ou, selon l’hypothèse actuelle, dépôts votifs ont été trouvés en Loire-Atlantique, dont les trois plus importants à Nantes même.

Le tumulus «princier» de Tossen-Kergourognon en Prat (Côtes-d’Armor)

Sur une colline, les trois tumulus de Kergourognon, dont deux sont encore visibles aujourd’hui, ont été fouillés par l’abbé Prigent, en 1880. Le plus grand et le plus riche, dit « Tossen Kergourognon » est situé dans le Champ du Tertre (cône de terre de 40 m de diamètre et de 5 m de hauteur). Au centre, une structure en pierres en forme de croissant renfermait une chambre funéraire de plan ogival (L. 2,40 m, l. 0,85 m) recelant un cercueil de chêne et son couvercle.

Âge du bronze -scène de vie
• maquette Michel Politzer

Des cendres et quelques fragments d’os étaient accompagnés d’un poignard de cuivre et de quatre boîtes en chêne contenant des armes. La première boîte (30 x 12 cm) a livré le matériel le plus luxueux ; compartimentée, elle contenait une cinquantaine de pointes de flèche (34 sont conservées) en silex, ogivales, à ailerons et pédoncule, enveloppées dans un double sac en tissu et en cuir, et un fragment de poignard en bronze (brisé avant sa mise en boîte) au manche orné de minuscules clous d’or, avec son fourreau en bois. Une épingle en bronze à tête annuaire complétait cet ensemble.

La seconde boîte, carrée (24 x 24 cm), contenait trois poignards de bronze placés à plat, tête bêche, dont certains ont conservé la trace de fourreaux de cuir et de bois. La troisième, la plus grande, rectangulaire (55 x 12 cm), contenait une épée à fourreau de cuir et de bois. La dernière boîte était ronde (diam. 24 cm) et contenait un sixième poignard complet, à lame volontairement recourbée et à manche de bois riveté, avec son fourreau, et une seconde épingle à tête en anneau.

La qualité et la richesse de ce mobilier témoignent de la puissance de la personne incinérée : un aristocrate dont la puissance reposait sans doute en grande partie sur le contrôle des nouvelles richesses métalliques. Datés de la fin du Chalcolithique ou du Bronze ancien (2300-1600 av. J.-C.), ces tumulus «princiers», sans équivalent en Loire-Atlantique, manifestent un changement dans les rites funéraires : les inhumations collectives font place aux tombes individuelles ; la société s’est hiérarchisée et les plus puissants conservent dans leurs tombes les symboles de leur pouvoir.


L’âge du Fer

Épée à poignée
anthropomorphe
de la tombe de
Châtillon-sur-Indre
 

Plus dur que le cuivre et le bronze, et nécessitant une plus haute température de mise en oeuvre, le fer apparaît en Europe occidentale aux IXe et VIIIe siècles avant J.-C. Les mutations qu’il entraîne n’atteignent que très progressivement les rivages atlantiques, vers la fin du VIIe siècle, sans pour autant éliminer la fabrication et l’emploi du bronze. La région livre encore de nombreux dépôts métalliques qui sont peut-être aussi des trésors : elle produit par milliers des haches à douille en alliage cuivreux, non fonctionnelles, sans doute l’équivalent de monnaies, qui témoignent déjà d’une forte inflation. Rares et coûteux, l’étain et, même, le cuivre sont rapidement remplacés par le plomb, vil et abondant.

On distingue deux périodes à ce moment de l’histoire de l’Europe non méditerranéenne : celle du Hallstatt, ou premier âge du Fer, et celle de La Tène, ou second âge du Fer. A la phase initiale de la période de Hallstatt (800-650 av. JC), l'image que nous livrent les sépultures, reflet très partiel de la société de l'époque, est celle du cavalier/guerrier à la grande épée de 1 m de longueur en moyenne, portant un bracelet, et muni d'un rasoir en bronze ou en fer, symbole de virilité et insigne hiératique de son appartenance à la sphère du pouvoir. Quelques rares tombes sont pourvues d'un service à boisson. Ces services déposés auprès du mort traduisent un rite funéraire qui remonte à la fin du bronze final. Le passage du bronze final au Hallstatt ancien  marquera le glissement d'un rite centré sur le repas funéraire avec ses assemblages mobiliers céramiques vers la ritualisation de la consommation d'alcool par le dépot funèbre d'éléments de vaisselle en bronze importés des régions périphériques à la culture Hallstattienne, le plus souvent en provenance d'Italie centrale ou du nord pour la phase ancienne du Hallstatt, d'Etrurie et de Grèce pour les phases récentes de la période. Au début de la phase finale du Hallstatt (vers 650/630 av. JC), deux phénomènes majeurs traduisant probablement une évolution, sinon une mutation de la structure sociale hallstattienne, se révèlent à travers les rites funéraires. Les élites guerrières étaient inhumées avec leur char à quatre roues et un mobilier d'apparat, privilège auquel accédèrent progressivement les femmes. Jusqu'alors, cet apanage était réservé à une élite masculine; de là  à conclure que les femmes ont assumé à cette époque un rôle socio-politico-religieux de premier plan, il n'y a qu'un pas qui peut être franchi mais avec prudence. Plusieurs autres paramètres se conjuguent et vont dans le même sens, celui d'une accentuation de la stratification sociale et d'un resserrement de la sphère du pouvoir. Ces cultures sont caractérisées notamment par les tombes princières masculines du Glauberg et de Hochdorf en Allemagne et féminine de Vix en Bourgogne. La Loire demeure un axe de pénétration et d’échanges et, dès le premier âge du Fer, de rares objets de prestige sont importés d’Étrurie, de Grèce, de Chypre, puis d’Italie et témoignent encore de l’important commerce de l’étain.

Paysage âge du fer
• peinture Gérald Musch


Le second âge du Fer coïncide avec l’existence de populations dites «gauloises» par les Romains et l’émergence des «Celtes», progressivement arrivés d’Europe centrale jusque sur la façade atlantique. Leur «culture» est favorisée par le développement du monnayage, par l’intensification du commerce avec le monde méditerranéen, par une plus large mise en valeur des terres, dès le IIIe siècle avant J.-C., et le développement économique qu’il entraîne. Une occupation du sol dense, rurale, est matérialisée par des fermes encloses (Les Genâts, en Vendée), des chemins, des amorces de parcellaires, de rares villages (Les Pichelots aux Alleuds, Maine-et-Loire) et des sites fortifiés (Penchâteau) qui structurent le développement de l’artisanat : métallurgie favorisée par la présence du fer armoricain, textile, céramique, et, source de richesses énormes, l’extraction du sel marin.


Une intense activité se développe sur le littoral, dans de nombreux sites à enceintes fossoyées où le sel marin est obtenu par évaporation de saumures dans des godets d’argile («augets»), emballages perdus posés sur des fours à grille pour obtenir des pains de sel qui pourraient avoir tenu lieu de monnaies dans les échanges avec l’intérieur. Ce sel, matière indispensable à la vie et à la conservation des denrées, est certainement la principale ressource de la région.

Difficile à franchir, le fleuve est aussi une «frontière» culturelle et, peut-être, politique, comme le montre la répartition des monnaies gauloises et des productions de céramiques, qui diffèrent entre le nord et le sud de la Loire, en particulier aux IIème et Ier siècles avant J.-C. A cette époque, s’établissent les peuples gaulois, ici, les Namnètes, et leurs territoires ne diffèrent guère de nos actuels départements.


La période gallo-romaine

Le laraire de Rezé

Laraire gallo-romain de Rezé

Les figurines des divinités vénérées par les habitants d’un quartier de Rezé étaient cachées, avec leur laraire, un cube maçonné à niche cintré et enduit rouge lustré, portable (env. 170 kg) dans le sol d’une salle des thermes de Ratiatum-Rezé, sous l’actuelle église Saint-Pierre, remployée comme atelier d’un fondeur (bronzier ou bijoutier). Les figurines étaient soigneusement disposées comme le montre la gravure. Il s’agit probablement d’un oratoire de carrefour, dont le socle de 2 m de haut était maçonné contre le mur de la salle, à l’extérieur du bâtiment.

Un chien de garde, vigilant et fidèle comme le dieu Lare, protecteur du foyer, accompagne un buste féminin dont le portrait et la coiffure évoquent Sabine ou quelque impératrice connue des provinciaux par les monnaies : ce buste pourrait représenter la famille impériale, protectrice, dispensatrice de paix et de prospérité. Les figurines plates, dites «à gaine», représentent des divinités gauloises inconnues, à la guirlande d’étoiles ou protectrice d’un enfant (?) nu représentant peut-être le genre humain, dont les étoiles, sous les pieds et dans la chevelure, manifestent le caractère cosmique. Leur dos est «orné» de symboles stellaires pour nous incompréhensibles mais peut-être liés au calendrier. Le porc ou sanglier, en calcaire peint en jaune, fait face, prêt à charger, et symbolise à la fois la prospérité et la ténacité farouche.

Le buste «impérial» provient de l’Allier (Bourbon-Lancy ?), tandis que le chien et les divinités de tradition celtique sont des imitations régionales en terre cuite beige couverte d’un engobe blanc, caractéristiques de l’atelier «aux trous d’évent en forme de coups de couteau dans le dos».

Seul exemple français d’un laraire dont la chapelle maçonnée a conservé ses figurines, cet oratoire du premier quart du IIe siècle associe le culte de divinités gauloises à la manifestation d’un culte impérial de quartier, fédérateur, ce culte qui, une fois par an depuis Auguste, rassemblait les représentants des cités des Trois Gaules à l’autel du Confluent, à Lugdunum-Lyon.

Nantes et Rezé

La stèle du nantais Argiotalus

La stèle du cavalier Argiotalus, premier Namnète connu (Namnis), mort sur la frontière du Rhin à Worms entre 31 et 43, donne la première mention «archéologique» du nom du peuple qui donna son nom à la ville de Nantes, nommée Portus Namnetum, le Port des Namnètes, à la fin du IIIe siècle.

L’agglomération antique de Nantes, sans doute la Condevicnum (ou Condevincum) de Ptolémée (mort en 168), est très mal connue (fouilles rares, occupation très dense). Les premières maisons, en torchis, ne datent pas d’avant 40 de notre ère, alors qu’une agglomération semble apparaître à Rezé (fouilles nombreuses, occupation plus diffuse) dès 10-5 avant J.-C. avec un déclin au IIe siècle quand Nantes s’enrichit.

Nantes et Rezé constituent le premier noeud de communications permettant le franchissement de l’estuaire grâce à une multitude de petites îles, au croisement de voies terrestres, maritimes et fluviales, facilement accessible par la marée. Le confluent de la Loire, de l’Erdre, de la Sèvre nantaise et de plusieurs boires (bras du fleuve) ou rivières calmes y est un site favorable à des ports d’échouage.

Le site de Nantes est fréquenté sans discontinuer depuis la Préhistoire et le franchissement se fit longtemps par des bacs, voire des ponts de bateaux, car le premier pont cité date d’Alain Fergent, duc de 1084 à 1112, ce que ne dément pas l’archéologie.

Rezé s’étire sur près de 2 km, le long du Seil, pour 300 à 500 m de profondeur, avec une surface occupée d’environ 50 ha (jusqu’à 100 ha «viabilisés»), tandis que Nantes se serait concentrée sur une vingtaine d’hectares seulement. Au IIe siècle, Ratiatum-Rezé est considérée par Ptolémée comme l’autre ville des Pictons, citée avant leur capitale, Lemonum-Poitiers. Malgré cette citation, une hypothèse se développe aujourd’hui : Rezé aurait pu être la ville jumelle de Nantes sur la rive sud du fleuve, mieux adaptée au développement d’un port, et pourrait correspondre au Vicus Portensis («bourg ou quartier du Port») trois fois cité dans les inscriptions antiques de Nantes où auraient été consacrées les fonctions politiques, administratives, judiciaires et religieuses qui caractérisent une ville.

Production et échanges à l’époque gallo-romaine

Rezé à la période gallo-romaine • peinture Lionel Pirault

Après les soubresauts de la Conquête, l’Armorique bénéficie de la Pax romana (la paix romaine). La «romanisation» témoigne de l’adoption de certains aspects du mode de vie romain, sources de «modernisation» et de prospérité favorisées par la paix, l’organisation administrative, l’amélioration du réseau routier et de la navigation, la création des villes, l’évolution technologique et une meilleure exploitation des richesses locales sous l’impulsion des Romains.

Certaines importations sont faciles à identifier car leurs «traces» diffèrent des témoignages de la vie quotidienne de la Gaule indépendante : les amphores servaient au transport du vin (d’Italie, puis d’Espagne et du Midi de la Gaule) ou de l’huile de Bétique (Espagne), ou des sauces de poisson de l’Armorique. Les céramiques «sigillées» au superbe vernis rouge, parfois ornées par moulage, parfois signées par le potier, viennent d’abord d’Italie ou de Lyon, à l’époque d’Auguste (au début de notre ère), puis sont imitées dans l’Aveyron (La Graufesenque, près de Millau), dans le Tarn (Montans), dans le Puy-de-Dôme (Lezoux), dans le Centre-Est (près de Cholet), ou dans l’Est. Bien des objets de luxe sont importés d’Italie (vases de bronze, verreries), mais les artisans gallo-romains s’inspirent très rapidement des produits importés ou développent des productions originales : nécessaires à la cuisine nouvelle, les mortiers viennent d’abord d’Italie, puis sont produits dans l’Allier d’où ils sont diffusés par les voies navigables, avec les figurines moulées en terre blanche ou les meules en lave de Volvic.

Le commerce de la pierre à bâtir (granit d’Armorique, calcaire du Poitou ou de l’Anjou), les (rares) sarcophages en marbre d’Italie, les marbres des Pyrénées, ou la diffusion des couvertures de tuiles, montrent l’organisation du transport des pondéreux par les voies navigables. L’existence, à Nantes, d’une corporation de nautes de la Loire, commerçants et bateliers connus jusqu’à Lyon, sur le Rhône et sur la Saône, montre l’organisation d’un commerce actif.

Avec l’extension d’un «marché commun» à la culture et à la monnaie communes, et l’augmentation des besoins, les exportations se développent, et sont toujours prisés les métaux armoricains (étain et fer d’Abbaretz- Nozay ; plomb, argent, or) ou le sel dont on suppose que la forte demande, pour la conservation et le transport des denrées, a conduit les producteurs à abandonner progressivement la technique gauloise d’évaporation par le feu, gourmande en bois et à la rentabilité inférieure, au profit de l’évaporation par le soleil et par le vent : les marais salants, technique romaine répandue sur les rivages méditerranéens. Mais les tissus gaulois très colorés, les charcuteries, les céréales, et toutes les productions périssables n’ont pas laissé de traces.

Des artisans à la périphérie de Ratiatum-Rezé

Agglomération à vocation principalement portuaire, Ratiatum-Rezé a vu se développer de nombreuses activités artisanales dépendant ou non des entrepôts du port. Outre les traces d’activité de fonderie (bronziers et/ou bijoutiers) constatées à l’emplacement de l’Église Saint-Pierre et la présence d’ateliers, de bronziers également, associés aux boutiques qui frangent les entrepôts du quartier Saint- Lupien, les fouilles de la Bourderie, au sud du quartier Saint-Lupien, ont mis en évidence quelques «îlots» urbains (parcelles «viabilisées») à la limite sud de l’agglomération antique.

Établis vers le milieu du Ier siècle après J.-C., ils témoignent d’un projet d’urbanisme qui n’a pas été mené à son terme ou qui était surdimensionné puisque la plupart des îlots sont restés inhabités.

Dieu accroupi, nu,
assis en tailleur - dieu de Quilly

Deux fois et demi plus grandes que celles de la zone urbanisée, certaines parcelles y ont été partiellement occupées par des installations artisanales : un verrier y a travaillé dans la dernière décennie du Ier siècle et des potiers y ont produit des céramiques originales du milieu du IIème siècle au début du IIIème siècle. Deux fours à céramique ont pu être observés : le premier, de forme quadrangulaire, orienté est-ouest ; le second, de forme circulaire, orienté au sud. Placé en bordure de la ville pour éviter les risques d’incendie et favoriser l’approvisionnement en eau et en bois, ce petit atelier était installé sur un filon d’argile percé de nombreuses fosses d’extraction. Il a produit un répertoire varié de céramiques communes, à usage domestique, pour la conservation ou la cuisson des aliments : formes ouvertes basses (assiettes à fond plat, coupes, coupes à trois pieds) et fermées hautes (vases carénés, vases ovoïdes, cruches) en terre cuite habituellement grise. Quelques formes particulières, comme de grandes cruches à conserves à deux anses (dites aussi amphores à fond plat), en pâte beige ou rouge, et des figurines moulées en terre beige couverte d’une fine couche d’argile blanche (engobe) complètent une production qui s’est exercée durant trois générations.

Le rempart du Bas-Empire

A la fin du IIIe siècle et au début du IVe, contrairement à Rezé qui restera sans protection, Nantes s’entoure de la seule enceinte romaine de la basse Loire, longue de 1675 m. Paradoxalement, l’archéologie n’a pas encore montré que la ville ouverte de Nantes au Haut-Empire était plus étendue que les 18 à 20 hectares de son castrum (ville fortifiée) du Ive siècle, alors qu’ailleurs, la ville fermée du Haut- Empire est de 5 à 15 fois plus étendue que celle du IVe siècle. Pourtant, la surface de Nantes remparée vaut le triple de la surface de Darioritum-Vannes remparée (5,5 ha), et le double des castra d’Angers, du Mans et de Rennes (9 et 10 ha), pour 43 ha à Poitiers et 32 ha à Bordeaux. A titre de comparaison, le camp permanent d’une légion (env. 5 000 hommes) avait une superficie de 17 à 28 ha. Large de 4 m à 4,50 m et haute, sans doute, de 8 à 9 m, l’enceinte romaine de Nantes était fondée et partiellement construite avec les matériaux de grands monuments publics, religieux et funéraires désaffectés, et même de bornes milliaires toutes récentes, datées de l’empereur Tacite (276).

Des fondations de la muraille romaine proviennent la plupart des inscriptions, sculptures, stèles funéraires et fragments d’architecture conservés : les pierres tombales des nécropoles qui bordaient la voie orientale vers Juliomagus-Angers ont servi au pavement de la voie et aux fondations de la porte Saint-Pierre, une porte médiévale assise sur les vestiges de la porte romaine.

La partie apparente du mur était faite d’un béton de pierraille et de mortier entre deux parements de petits moellons rectangulaires chaînés de lits de briques. L’enceinte avait naturellement une fonction défensive, protégeant un site important pour l’organisation administrative et les activités économiques du territoire, mais cet élément majeur de la parure monumentale de la ville au Bas- Empire (moenia publica) affirmait le prestige de celle-ci, et sa promotion politique, en rassemblant la population urbaine autour des lieux du pouvoir et des moyens de l’administration.

La cité des Namnètes au Bas-Empire et sous les Mérovingiens

A la fin du IIIe s., la cité des Namnètes est dans la Troisième Lyonnaise (siège à Tours), et le diocèse de Trêves (Allemagne). A la fin du IVe s., la Notitia dignitatum (annuaire de l’empire, 401-420), l’Armorique dépend d’un «duc du Tractus armoricain et nervien», chargé de la sécurité du littoral armoricain jusqu’aux Pyrénées. La Noticia Galliarum (entre 386 et 450) précise que Nantes est l’un des principaux sièges militaires chargés de protéger la Gaule.

Vers 288-289, le martyre de Donatien et Rogatien, les «Enfants nantais» convertis par Similien, témoigne de l’arrivée du christianisme dans l’aristocratie namnète. Autour des tombes des premiers chrétiens (églises Saint-Donatien et Saint- Similien), s’implantent, hors les murs, des nécropoles à inhumation en cercueils de plomb ou de tuiles, ou en sarcophages de calcaire.

Vers 340-350, le missionnaire Béatus trouve à Nantes «un troupeau d’excellents chrétiens, telle une poignée de brebis au milieu d’une foule de loups». Dès le IVe s., une cathédrale avec piscine baptismale est édifiée près de la porte orientale du rempart (Saint-Pierre), sur un ancien lieu de culte «païen».

A la fin du Ve s., Nantes est conquise par Clovis et passe sous domination franque. Les monnaies d’or des évêques montrent que la ville s’appelle Namnetes, les Namnètes, tandis que des ermitages et monastères sont fondés pour convertir les campagnes (Vertou, Montaigu, Besné, Indret, etc.).

A Rezé, la basilique des Champs Saint-Martin est d’une grande richesse (vitraux) : au début du VIe siècle, Adelfius, successeur d’Hilaire, «évêque de l’Église des Pictaves» y réside : Raciate Vicus, le bourg de Rezé, devient le refuge, sous protection franque, de l’évêque des Pictons quand Poitiers est soumis aux Wisigoths qui ont adopté l’hérésie arienne. Fils de l’évêque Eumerius, Félix est évêque de Nantes de 549 à 582. Il canalise l’Erdre (?) et achève la construction de la nouvelle cathédrale de son père où il installe des reliques des apôtres Pierre et Paul.


La période mérovingienne

La monnaie dans l’Armorique mérovingienne

Rezé à la période mérovingienne • peinture Lionel Pirault

Le monnayage mérovingien est réparti en trois époques stylistiquement très marquées. L’année 675 marque une rupture fondamentale en Gaule : avant, ne sont frappées que des pièces d’or, après, seulement des monnaies d’argent.

500-575 : l’Armorique n’émet, comme le reste de la Gaule franque, que des imitations de monnaies byzantines reproduisant à l’avers le portrait et la titulature de l’empereur, au revers une Victoire ailée, dérivée de la Victoria romaine. Les nombreux spécimens retrouvés prouvent que l’Armorique connaît alors une importante activité monétaire concentrée dans les trois villes épiscopales de Nantes, Rennes et Vannes.

575-675 : les motifs changent. Le portrait évolue mais, surtout, la Victoire romaine cède la place à la croix du Christ. De même, les légendes impériales sont remplacées, sur une face par la mention du lieu de frappe, sur l’autre, par le nom du responsable de l’émission, le monétaire (monetarius). La production monétaire se « décentralise ». Ainsi en Loire- Atlantique, des monnaies sont mises en circulation à Nantes et Rezé, mais aussi à Port-Saint-Père et Campbon, ou encore à Besné, Béré (Châteaubriant) et Saint-Philbert-de-Grandlieu dans une moindre mesure, localités dont le nom apparaît ainsi pour la première fois sur un objet.

675-750 : les monnaies présentent les mêmes caractéristiques qu’à l’époque précédente, si ce n’est qu’elles ne sont plus en or, mais en argent. La production monétaire se recentre autour de quelques ateliers. Dans le département, seuls Rezé et Port-Saint-Père restent actifs.

Le commerce nantais

Plaque-boucle
mérovingienne

Le commerce nantais est fortement marqué par la Loire et ses affluents qui forment des axes de communication privilégiés. Dans le récit de la vie de saint Philibert, le vin et le sel constituent déjà les fondements du négoce nantais. L’artisanat est également actif au VIe siècle, avec, notamment la fabrication de briques décorées. Les sarcophages en calcaire sont importés du Poitou par la Vienne et la Loire.

La monnaie est un bon révélateur des relations commerciales. A l’exportation : les monnaies nantaises ont surtout été trouvées en Armorique et dans le centre-ouest de la Neustrie (royaume mérovingien de Chilpéric Ier compris entre Loire, Bretagne, Manche et Meuse) au sud, jusqu’à Angoulême (Charente), et, vers le nord, quelques pièces ont été trouvées jusqu’en Frise (Pays-Bas).

A l’importation : les monnaies trouvées dans le comté nantais viennent essentiellement de la vallée de la Loire et de l’Aquitaine, quelques-unes de Bourgogne et de la Marne. Enfin, quelques pièces anglo-saxonnes trouvées dans la région confirment l’existence d’une route maritime entre Nantes et les îles Britanniques.

Les découvertes de monnaies mérovingiennes en Loire-Atlantique suivent les côtes, la Loire et ses affluents. En outre, elles se concentrent surtout au sud de la Loire, signe d’un usage de la monnaie plus développé.


La période carolingienne

Le comté de Nantes sous les Carolingiens

Dessin Gilles Tosello

Mort à Roncevaux en 778, au retour du raid de Charlemagne vers l’Espagne et Compostelle, Roland était comte de Nantes et marquis de la Marche de Bretagne qui comprenait les comtés de Vannes, Rennes et Nantes : il était chargé de défendre le royaume des Francs contre les incursions extérieures, «pirates» du Nord et Bretons voisins, renforcés de migrants celtes chrétiens venus d’Irlande et d’Angleterre.

En 799, le comte Wido qui a succédé à Roland, soumet la Bretagne à l’empereur. Sous Charles le Chauve, le comte de Vannes Nominoë se révolte et conquiert Rennes et Nantes en 850, cette dernière affaiblie par le raid des Vikings en 843.

Après des tentatives infructueuses contre les Normands, les comtes de Nantes se rapprochent des Normands pour préserver leur propre territoire.

Les années 880 voient de nouveaux raids terribles et c’est Alain le Grand, duc de Bretagne, qui repoussa les Normands à Questembert en 883 ou 888, mais sa mort en 907 provoque le retour des Vikings durant une vingtaine d’année sur la basse Loire, jusqu’à la victoire d’Alain Barbetorte qui, en 937, chasse de nouveau les Vikings, restaure la Bretagne et se proclame duc des Bretons.

«La cité de Nantes demeure longtemps vide, déserte car ces Normands espérant la garder longtemps en leur pouvoir, la rendaient déserte à dessein afin que ses habitants, terrorisés par la peur qu’ils inspiraient, ne reviennent jamais en prendre possession».

Réfugié en Angleterre, Alain Barbetorte attaque et décapite les Normands qu’il trouve à Dol et Saint- Brieuc.

«A cette nouvelle, les Normands dispersés à travers toute la Bretagne abandonnèrent la région. Quant aux Bretons, apprenant la fuite des Normands, venant vers Alain, ils le placèrent à leur tête et en firent leur duc. Au milieu de ces événements, on appris qu’une grande armée de Normands se trouvait à Nantes où elle désirait se fixer. Le duc Alain (...) trouvant les Normands établis dans le pré Saint-Aignan, il entama le combat avec eux. Mais les Normands méprisant son courage, le repoussèrent jusqu’au sommet de la colline. Là accablé (...), souffrant de la soif, se mit à pleurer et invoquer (...) la bienheureuse Mère de Dieu pour qu’elle daigne le secourir et faire couler une source d'eau vive pour les désaltérer, lui et ses chevaliers (...). La Vierge Marie ouvrit (...) une source d’eau vive qu’on nomme depuis la source Sainte-Marie. L’illustre duc Alain et eux qui étaient là, buvant à satiété de l’eau de cette source, recouvrèrent des forces et ainsi réconfortés, ils voulurent reprendre le combat. Attaquant bravement les Normands et tous ceux qui leur résistaient, ils les décapitèrent tous à l’exception de ceux qui prirent la fuite. Les Normands terrifiés s’enfuirent en descendant le cours de la Loire». Chronique de Nantes, éd. Merlet, p. 91-93.

Après la mort d’Alain Barbetorte, en 952, le comté nantais est disputé entre les comtes de Rennes et les comtes d’Anjou. A part les monnaies d’argent émises par les premiers ducs de Bretagne qui manifestent ainsi leur autonomie par rapport au pouvoir carolingien défaillant, les traces humaines de cette période troublée sont infiniment ténues mais les chroniques monastiques et les titres de propriété permettent désormais d’écrire l’histoire de cette contrée.

La cathédrale Saint-Pierre Saint-Paul de Nantes au VIe siècle vue par l’évêque italien de Poitiers, Venance Fortunat:

Venance Fortunat Carmina, III, 7 et 10 (trad. P. Riché)

Les Vikings sur la basse Loire

Peinture Gérald Musch

«De la colère des Normands, libérez nous, Seigneur !» Cette prière montre la terreur qu’inspiraient les «hommes du Nord» à tout l’Occident, jusqu’en Sicile où ils fondèrent un royaume.

De 799 à 835, les Vikings avaient attaqué Noirmoutier et son riche monastère et y avaient établi une base permanente où mettre à l’abri leur butin.

Le 24 juin 843, fête de la Saint-Jean d’été, 67 navires norvégiens (des rives du fjord d’Oslo) remontent l’estuaire et attaquent Nantes par surprise, à l’heure de l’office, et massacrent la population, y compris l’évêque Gunhardus (saint Gohard) dans sa cathédrale. Les survivants sont rançonnés ou réduits en esclavage et emmenés. Ce fait d’armes terrorise l’Occident et fait aux courageux navigateurs et habiles commerçants scandinaves la réputation de pillards sanguinaires qu’ils ont conservé jusqu’à nos jours.

Devant la menace, les moines de Noirmoutier fuient avec les reliques à Grandlieu (Pays de Retz), puis à Marmoutier (Indre-et Loir), comme les moines de Saint-Martin de Vertou, qui chargent leurs biens et reliques dans six grandes barques pour fuir vers l’est.

Après ce raid, les Vikings ravagent le monastère d’Indre et le Pays de Retz en regagnant Noirmoutier.

A plusieurs reprises, Nominoë doit défendre ses terres contre des Danois (844 et 847) et doit payer le danegeld, une rançon, pour que les Vikings épargnent l’Armorique.

Nantes est de nouveau ruinée et pillée en juillet 853 et les assaillants y établissent un camp permanant, sur l’île de Betia, soit l’île de Bièce (île Beaulieu), soit l’île de Botty, devant Bouguenais. Ils y restent plusieurs saisons, y établissent des chantiers navals et une chancellerie.

Poignée d’épée viking

Le roi breton Erispoé s’allia au chef viking Sigtryggr (Sidric), nouvellement arrivé, dont les cent navires encerclent le camp de l’île Betia pour s’emparer du butin accumulé. Mais les Vikings se réconcilient et Sidric lève le siège pour aller piller la Bourgogne et les rives de la Seine. Le camp de Betia demeure et rançonne le monastère Saint-Sauveur de Redon (854). Salomon contient les Vikings (notamment à Angers en 873).

La victoire d’Alain le Grand à Questembert, vers 888, stoppe les raids meurtriers sur l’Armorique. Avant 920, le monastère de Vertou est de nouveau pillé et les moines ont les mains tranchées. Vers 921, le chef scandinave Rognvald obtient du pouvoir carolingien exsangue une éphémère principauté viking sur la Basse-Loire mais Alain Barbetorte reconquiert Nantes en 936 et les Normands quittent définitivement la Basse-Loire.

Des dragages de la Loire autour de l’île de Bièce (dans l’actuelle île Beaulieu) ont livrent une trentaine d’armes «normandes», d’origine scandinave ou franque : cet ensemble est la plus caractéristique des traces vikings conservées en France.