Répartition de l'haplogroupe R1b en Europe d'après Eupedia

Pendant longtemps les scientifiques ont pensé que l'haplogroupe R1b avait une origine paléolithique en Europe. Cependant, depuis 2010 plusieurs articles [1,2,3] avancent l'hypothèse que l'haplogroupe R1b serait arrivé en Europe au néolithique avec les premiers fermiers. Ainsi le projet des 1000 génomes chargé d'étudier le séquencement complet de 1000 individus écrit: A striking pattern indicative of a recent rapid expansion specific to haplogroup R1b was observed, consistent with the postulated Neolithic origin of this haplogroup in Europe. Cependant, l'origine du néolithique au Proche Orient est située dans une zone (Levant, sud de l'Anatolie et Zagros) où l'on trouve très peu de R1b aujourd'hui. De plus l'archéologie ainsi qu'un travail récent de craniométie [8] semblent montrer que le néolithique s'est diffusé par migration jusqu'en Europe centrale, mais davantage par acculturation sur la façade atlantique. Cela cadre mal avec un haplogroupe R1b dont la concentration est maximale sur cette façade atlantique. Enfin, tout dernièrement un article [4] indique qu'en fonction du taux de mutation utilisé, l'arrivée de R1b en Europe occidentale a pu se produire seulement à l'âge du bronze. De plus, certaines personnes penchent pour une expansion de cet haplogroupe au chalcolithique (âge du cuivre), ce que semblent indiquer les tests d'ADN sur des squelettes préhistoriques, puisque le plus ancien squelette de l'haplogroupe R1b détecté en Europe occidentale appartient à la culture campaniforme [10,12].

D'autre part, l'haplogroupe R, connu sous deux formes: R1a et R1b, semble lié au problème des Indo-Européens. R1a est clairement lié aux langues Indo-Européennes de type satem, alors que R1b est lié aux langues Indo-Européennes de type centum. La théorie la plus communément admise aujourd'hui par une majorité de linguistes et d'archéologues sur l'origine des Indo-Européens est la théorie des Kourganes initiée par Marija Gimbutas qui voit une origine du peuple proto Indo-Européen dans la steppe pontique [5, 6, 7]. Cette théorie indique une expansion des langues Indo-Européennes au chalcolithique entre 4.500 et 3.500 ans avant JC. Ceci renforce donc l'hypothèse d'une arrivée de R1b en Europe à l'âge du cuivre, au début du 3ème millénaire avant JC. La connaissance de l'archéologie de la steppe est indispensable pour bien appréhender le problème Indo-Européen.

Il semble que l'haplogroupe R1 soit originaire de l'Altaï dans lequel R1a et R1b se seraient scindé il y a 20.000 ou 16.000 ans. Il y a 12.000 à 8.000 ans environ, une population dont l'haplogroupe principal est R1a, aurait migré et serait arrivée au nord de la Russie Européenne, au nord de la zone steppique. Au même moment, une population dont l'haplogroupe principal est R1b, aurait migré à son tour vers l'ouest, et serait arrivé dans les steppes. Plusieurs millénaires plus tard ces populations, après avoir été néolithisées, auraient formé les premières cultures Kourganes. Elle serait ainsi responsable des cultures de Samara, Khvalynsk, Sredni Stog, Maykop et Yamnaya. Des squelettes de la culture de Yamnaya datés entre 3300 et 2700 av. JC ont été testés R1b [12]. Selon la théorie Indo-Européenne des Kourganes, ce peuple dont l'haplogroupe majoritaire est R1b, serait donc porteur de la culture proto Indo-Européenne. Il existe cependant une thèse différente sur l'origine des haplogroupes R1a et R1b. Ainsi, Maciamo sur le site Eupedia pense que l'origine de l'haplogroupe R1b se situe en Asie centrale entre la Mer Caspienne et l'Hindou Kuch. Jean Manco sur son site sur le peuplement de l'Europe, pense que l'origine de R1a est dans les steppes entre la Volga et l'Oural, et que l'origine de R1b est au sud de la mer Capsienne. D'après Maciamo et Jean Manco, une population de chasseurs cueilleurs dont l'haplogroupe principal est R1a, serait arrivé en premier dans les steppes. Ensuite une population de fermiers pasteurs dont l'haplogroupe majoritaire est R1b, serait arrivé soit par le Caucase, soit par la côte ouest de la mer Noire, et entré dans les steppes. Ces gens auraient donc contribué à la néolithisation des steppes. Cette rencontre des chasseurs cueilleurs dont l'haplogroupe principal est R1a avec les pasteurs dont l'haplogroupe principal est R1b aurait permis l'émergence de la population proto Indo Européenne dans les steppes. De manière intéressante un squelette du site de Mal'ta près du lac Baïkal vieux de 24.000 ans s'est révélé être de l'haplogroupe R* [11]. Cette découverte confirme l'émergence de l'haplogroupe R entre l'Altaï et le lac Baïkal en Sibérie du sud.

Séparation des langues IE à partir du noyau PIE d'après Anthony et Ringe (2015)

Dix groupes de langages Indo-Européens (IE) sont bien attestés. Déterminer leur ordre dans lequel ils ont divergé l'un de l'autre n'est pas un problème facile, mais un consensus émerge. Il semble clair que les ancêtres du groupe Anatolien se sont séparés les premiers du dialecte PIE. Ensuite les ancêtres du groupe Tocharien se sont séparés, puis les ancêtres des groupes Italique et Celtique. Le terme PIE ancien concerne l'ancêtre commun le plus récent entre tous les groupes Indo-Européens, le terme PIE post-Anatolien concerne l'ancêtre commun le plus récent entre tous les groupes Indo-Européens moins le groupe Anatolien, enfin le terme PIE récent concerne l'ancêtre commun le plus récent entre tous les groupes Indo-Européens moins les groupes Anatolien et Tocharien.

Le complexe Suvorovo-Novodanilovka [7] correspond aux premières migrations des populations des Steppes dans la vieille Europe daté entre 4.300 et 4.000 avant JC. Ce complexe est connu par ses tombes en forme de kurgan. Les tombes Novodanilovka apparaissent sur les bords de la Dnieper alors que les tombes Suvorovo apparaissent au nord du delta du Danube. Ces populations représentent probablement l'élite de la culture de Sredni Stog. On suppose que les habitants de Suvorovo parlaient un langage proto anatolien. Une partie de leurs descendants auraient ensuite migré vers le sud, fondé la ville de Troie vers 3.000 avant JC puis occupé l'Anatolie pour fonder plus tard le royaume Hittite. L'haplogroupe R1b-L23 pourrait être représentatif de cette période, avec une première concentration dans les steppes au niveau de l'Oural, une seconde concentration au nord du Caucase représentative de la culture de Maykop, une troisième concentration en Anatolie et enfin une pointe de concentration présente aux alentours des sources du Danube au nord des Alpes.

Répartition de l'haplogroupe R1b-L23(xM412) d'après Myres et al.

Répartition de l'haplogroupe R1b-M73 d'après Myres et al.

La culture d'Afanasievo est une culture de Sibérie méridionale, et est datée de -3500 à -2500 avant notre ère. D'un point de vue archéologique, elle exprime une culture matérielle de l'âge du cuivre, puis du début de l'âge du Bronze. Elle est surtout connue à travers ses inhumations, où le défunt est enterré dans des enceintes coniques ou rectangulaires, souvent en position couchée, qui rappellent les sépultures de la Culture Yamna (au Nord-Est de la mer Noire). Au-delà des sites d'inhumation, on dispose également des traces d'un certain nombre de colonies de peuplement. Les objets en métal (cuivre puis bronze), ainsi que la présence de véhicules à roues sont documentés. L'haplogroupe R1b-M73, ainsi qu'une partie de l'haplogroupe R1b-L23, pourrait être représentatif de cette culture.

Migrations Yamnaya d'après D. Anthony

Vers 3.100 avant JC., les nomades dont l'haplogroupe majoritaire est R1b quittent à nouveau la steppe vers le sud-ouest pour entrer dans la basse vallée du Danube. Ce sont les migrations Yamnaya qui permettent à l'haplogroupe R1b d'entrer en contact avec les populations R1a situées dans les Steppes boisées. Une hypothèse est que ce contact des nomades Indo-Européens avec la population sédentaire entraîne un changement de langue parmi celle-ci dont l'haplogroupe majoritaire est R1a. Ceux-ci deviennent à leur tour Indo-Européens, mais ce changement s'accompagne d'une évolution de la prononciation. La population nomade porteuse de l'haplogroupe R1b parle une langue centum, les R1a vont modifier certains sons: les "k" se changent en "s". Ils parlent une langue satem. Ainsi dans les Balkans, le proto albanais, puis le proto arménien apparaissent. 

Ainsi l'haplogroupe R1b s'installe dans la basse vallée du Danube à la suite des migrations Yamnaya et se répand dans les Balkans pour former la culture de Cernavoda. Il s'installe en Hongrie pour former la culture de Baden et remonte ensuite la vallée du Danube jusqu'en Suisse, mais également au nord de l'Europe. Dans cette dernière région, les populations R1a vont former la culture cordée vers 3.000 ans avant JC dans laquelle le proto slavo-baltique apparait.

Répartition de l'haplogroupe R1b-M269(xL11) d'après Busby et al.

Au sud-est de la zone cordée, au contact de la culture Yamnaya, apparait dans la steppe boisée la culture du Middle Dnieper, suite à une expansion vers l'est des populations R1a. A la suite de ce mouvement, nous pouvons voir l'apparation de plusieurs cultures (Fatyanovo et Abashevo) dans la steppe boisée. Ces cultures sont également influencées par la culture cordée et mènent à la création de la culture Sintashta vers 2.300 avant JC. La culture Sintashta est ensuite à l'origine de la culture d'Andronovo qui s'étend vers le sud-est, et propage la langue Indo-Iranienne.

Cultures de la steppe boisée à l'âge du bronze d'après D. Anthony

Fréquences de R1b-L51 d'après Richard Rocca

Des populations installées sur les rives du Danube, dont l'haplogroupe principal est R1b-L51 se sont dirigées rapidement vers l'Europe occidentale aux alentours de 3.000 ans avant notre ère, du nord de l'Italie à la péninsule ibérique en passant par le sud de la France. Ce peuple était un peuple de marins, de métallurgistes et de cavaliers. Il s'installe au Portugal dans l'embouchure du Tage, probablement attiré par la culture chalcolithique de Vila Nova de Sao Pedro. La fusion des arrivants avec la culture locale ibérique va former la culture campaniforme. Il est intéressant de noter qu'une étude basée sur des mesures de datation par radiocarbone, a montré que le campaniforme était le plus ancien dans tout le sud de l'Europe de la Hongrie jusqu'au Portugal en passant par le nord de l'Italie et le sud de la France [9].

Diffusion campaniforme à partir de l'embourchure du Tage d'après O. Lemercier

Lorsque le peuple dont l'haplogroupe majoritaire est R1b-L51, arrive en Ibérie vers 3.000 avant JC, il parle probablement une langue proto italo-celtique. La mutation R1b-P312 apparait très tôt, puis se diffuse sur toute l'Europe occidentale à travers la culture campaniforme. Plusieurs archéologues comme John Koch, Barry Cunliffe, Alain Gallay ou Patrice Brun ont proposé récemment d'associer la culture campaniforme avec l'arrivée des premiers celtes en Europe occidentale. Ce dernier auteur y voit un complexe atlantique qui se développe principalement à l'âge du bronze, et un complexe nord alpin qui prend le dessus à l'âge du fer. C'est notamment par leur contact avec la sphère méditerranéenne (grecs et étrusques) que naissent les cultures de Hallstatt et de la Tène.

Répartition de l'haplogroupe R1b-P312 (=R1b-S116) d'après Myres et al.

Le vieil irlandais est un langage gaëlique qui est une langue celte en "q" par opposition au langage brittonique qui est une langue celte en "p" comme le gaulois ou le breton par exemple. L'exemple classique est "equus" qui se disait "epos" en gaulois. La forme en "q" est la plus ancienne. Le celtibère est également une langue celte en "q". Ceci nous donne un indice de plus sur l'origine ibérienne des Gaëls d'Irlande. D'un point de vue génétique les Gaëls seraient proche de l'haplogroupe R1b-L21, alors que les derniers celtes dont la langue est en "p" seraient plutôt de l'haplogroupe R1b-U152 et correspondraient davantage aux celtes d'Europe centrale issus des cultures de Hallstatt et de la Tène. La migration des Gaëls vers les îles Brittaniques a du se faire avant l'évolution de la langue celtique vers une forme en "p". Celle-ci est intervenue probablement au second millénaire avant J.C., peut-être au nord des Alpes.

La mythologie celtique a gardé une trace de cette épopée dans le Lebor Gabála Érenn (voir également l'article dans l'encyclopédie de la culture celtique de John Koch ou encore le livre de la traduction intégrale du mythe par Robert Macalister). Le mythe nous indique que les ancêtres des Gaëls sont les fils de Mile qui se sont installés en Irlande en provenance de la péninsule ibérique. Cependant, avant de fonder un royaume en Ibérie, les Milésiens sont arrivés par bateaux en provenance de Scythie, et donc des bords de la mer noire, dans les marais Méotides. Ceux-ci sont localisés dans la mer d'Azov à l'embouchure du Don près de la ville de Tanaïs, située juste au nord de la ville de Maykop.

Répartition de l'haplogroupe R1b-L21 en Europe d'après Eupedia

L'haplogroupe R1b-L21 se retrouve aujourd'hui principalement dans les îles Britanniques, mais également au nord-ouest du continent. On pense actuellement qu'il correspond aux Gaëls qui étaient des celtes qui ont envahit les îles Britanniques au cours de l'âge du cuivre. L'archer d'Amesbury pourrait être un de ces gaëls. Notre ancêtre paternel connu le plus éloigné: Martin Sicher qui vivait à Drain entre 1560 et 1624, pourrait donc être un descendant des ancêtres des Gaëls, et donc un descendant des fils de Mile...


Références: