Le cairn des Mousseaux à Pornic et les tombes mégalithiques transeptées de l'estuaire de la Loire
par Jean L'Helgouach et Henri Poulain



Généralités

Les recherches conduites depuis une trentaine d'années sur les grands édifices mégalithiques du Néolithique moyen dans l'Ouest de la France se sont attachées à en dégager les particularités architecturales tout en essayant d'établir une chronologie basée tant sur l'étude précise du matériel archéologique que sur la contribution du radiocarbone. Ainsi il semble maintenant bien acquis que les premiers grands monuments furent édifiés vers la fin du 5e millénaire (1). Ces plus anciennes tombes à couloir possèdent toujours une chambre simple dont le plan de base, quand il n'est pas circulaire, s'inspire de l'ovale ou du polygone. L'utilisation de la pierre sèche pour l'édification de ces ouvrages atteint une remarquable fréquence, mais il faut bien admettre qu'en l'état actuel des données, à travers quelques cas de contemporanéité bien attestés, notamment à Barnenez (Giot, 1970), il n'est pas possible de savoir laquelle des techniques, mégalithique ou en pierre sèche, est apparue la première.

Structures quadrangulaires et différenciation architecturale régionale

En revanche il n'est plus douteux que les chambres quadrangulaires aient été conçues dans une seconde phase du mégalithisme atlantique, probablement de très peu postérieure à la première; leur relation avec les grandes influences culturelles du Chasséen, bien caractérisées par la diffusion des coupes à socle décorées et de divers autres types de récipients, peut être considérée, à défaut de datations plus précises (2), comme un précieux repère chronologique.

Ces transformations architecturales voient aussi l'abandon presque total de la pierre sèche pour la construction des tombes internes dont certaines seront cependant encore couvertes par encorbellement; elles s'accompagnent d'une indéniable différenciation régionale. C'est ainsi qu'à l'extrémité occidentale du littoral sud-armoricain les remarquables tombes à chambre compartimentée telles que celles de Kerleven à la Forêt-Fouesnant (Le Roux et L'Helgouach, 1967) ou du Souc'h à Plouhinec, Finistère, représentent une très précoce contribution à cette nécessité de création d'architectures locales; la persistance de structures en pierre sèche et surtout de grandes couvertures en encorbellement dénote un archaïsme que ne dément pas le matériel céramique. Ce style sud-finistérien trouve en pays de Carnac une adaptation mégalithique avec les tombes de Mane-Groh et Mane-Bras à Erdeven. Dans ce secteur très riche du Morbihan littoral, aux chambres quadrangulaires des tombes à couloir classiques sont parfois accolées des chambres latérales, ce qui est le cas à Kermarquer à la Trinité-sur-Mer, à Locqueltas à Locoal-Mendon ou encore à Rondossec à Plouharnel.

On rattache au même mouvement de différenciation régionale les tombes à couloir angoumoisines où s'exprime une remarquable maîtrise de la taille et de l'ajustement des piliers des parois (Burnez, 1976).

Les tombes mégalithiques à chambres latérales

En Loire-Atlantique, mis à part le cas de quelques édifices de plans imprécis situés au nord de l'estuaire et qui pourraient être apparentés au style de Colpo-Larcuste II, ce sont les monuments du type de Pornic, nommés aussi monuments transeptés (3), qui retiennent l'attention. C'est dès 1869 que W. Lukis, l'un des plus compétents parmi nos prédécesseurs, pouvait écrire : «quelques uns de ces types sont locaux... ; on rencontre assez fréquemment le No 14 (type Joselière) dans la Loire-Inférieure». Ces monuments peuvent être définis comme des tombes à couloir à chambre terminale quadrangulaire et chambres latérales ouvertes sur le couloir. Des préhistoriens de grand renom ont traité des sépultures transeptées. Il suffira de rappeler l'article que leur a consacré G.E. Daniel (1939), sans épiloguer outre mesure sur la domination de gallery graves (équivalent d'allées couvertes) qu'il leur affecta. En 1962, englobant tous les monuments à cellules latérales du Sud de l'Armorique désignés par G. Daniel et ceux de la région Cotswold-Severn (Grande-Bretagne), S. Piggott suggère une appellation commune «type Pornic-Notgrove» qui n'a que le désavantage de regrouper, du côté breton au moins, des styles par trop dissemblables, mais l'auteur reconnaît bien explicitement l'importance numérique et qualitative des tombes transeptées du Pays de Retz.

En 1965 nous avions consacré à cette architecture un chapitre regroupant les styles de Keriaval et de Pornic (L'Helgouach, 1965). A cette époque nous ne pouvions travailler, comme nos prédécesseurs, que sur des données anciennes, imprécises, basées sur de rares fouilles, au demeurant incomplètes. Pourtant nous prônions déjà, pour tous ces monuments à chambres latérales une relation avec le développement de la culture chasséenne occidentale.

Larcuste II à Colpo

Or depuis cette époque trois fouilles ont amené une information substantielle à la fois dans les domaines de l'architecture et du matériel archéologique. Ce fut d'abord celle de Larcuste à Colpo (Morbihan) qui permit de dégager quatre chambres réparties le long d'un couloir aboutissant à une chambre terminale; toute la construction, à l'exception des dalles de couverture, utilise la pierre sèche, et le cairn environnant, de forme ovalaire, n'est ceinturé que par une seule muraille. Ce cairn Larcuste II avoisine un cairn Larcuste I contenant deux tombes à couloir à chambres ovoïdes. Les datations radiocarbone indiquent bien une construction précoce (Gif 2826 = 5490 ± 120 B.P.) et des fréquentations au long du IIIe millénaire (Gif 2454 = 4610 ± 110 B.P. - Gif 2827 = 4060 ± 120 BP. - Gif 2454 = 3480 ±110 BP.) tandis que le matériel recueilli dans le couloir et devant l'entrée constitue un bel ensemble de poteries de style chasséen atlantique (L'Helgouach et Lecornec, 1976).

Cruguellic à Ploemeur

C'est un monument un peu semblable et incontestablement très proche de l'architecture de Keriaval à Carnac qui a fait l'objet d'un sauvetage par C.T. Le Roux et Y. Lecerf (1977) à Cruguellic à Ploemeur. Quatre chambres latérales s'ouvrent sur un couloir qui s'achève sur une petite chambre axiale; le cairn s'inscrit dans un rectangle presque parfait. Ici encore la composante chasséenne de la poterie permet d'évaluer une occupation du site, et peut-être sa construction, dans la seconde moitié du 4e millénaire.

Malheureusement mal dégagé le mégalithe des Rochelles à Crossac (Loire-Atlantique) semble appartenir à cette architecture.

Les fouilles du cairn des Mousseaux à Pornic

De 1975 à 1977 nous avons exploré le cairn des Mousseaux à Pornic (Loire-Atlantique), site particulièrement représentatif du style à transept unique; un premier bilan des travaux a déjà été publié (L'Helgouach, 1977) mais sans description complète du matériel archéologique dont une illustration fut donnée séparément (L'Helgouach, 1979) (4). Aussi reprenons nous, dans cet article, l'ensemble des informations obtenues (5). En fait ce monument est connu depuis qu'un inspecteur des Monuments Historiques, F. Verger, déblaya en 1840 les deux tombes mégalithiques qu'il renferme. Nul ne sait ce qu'il y découvrit car l'on ne dispose d'aucun rapport direct. Mais, par une allusion du baron de Wismes dans le compte rendu de ses recherches au tumulus des Trois Squelettes à Pornic (1876, p. 227), on apprend que F. Verger dégagea au moins partiellement les murs d'enceinte du cairn des Mousseaux (fig. 1). Effectivement, il y a une vingtaine d'années, quiconque ayant l'oeil et l'esprit exercés pouvait deviner le tracé de deux murailles affleurant à la surface des éboulis. Ceci avait d'ailleurs conduit, avant les nouvelles fouilles, à tracer imprudemment le plan d'un cairn de forme ovalaire (L'Helgouach, 1965) (6).

Les travaux de terrain ont simplement consisté à décaper les éboulis périphériques, ce qui, sauf sur la face nord, en bordure du chemin des Mousseaux, a été mené très méticuleusement selon un quadrillage orthogonal à la façade des entrées. Partout il est apparu que les éboulis étaient anciens et que les fouilles de F. Verger en 1840 n'avaient donc atteint que très superficiellement les structures d'enceinte, sauf peut-être le long du chemin des Mousseaux où les murs néolithiques étaient directement masqués par une masse importante de détritus modernes (fig. 2).

Les structures extérieures (fig. 3)

Trois enceintes en pierre sèche circonscrivent la masse du cairn. Le contour général du monument s'apparente à un trapèze car les murs latéraux convergent vers l'arrière; la façade des entrées, aspectée au SE., de forme générale convexe, mesure 18 m de longueur tandis que le mur opposé, bien rectiligne, n'atteint pas 14 m. Les deux entrées des tombes mégalithiques, distantes de 4,7 m s'ouvrent symétriquement sur la façade principale. Les murailles latérales sont à peu près rectilignes et mesurent 11 et 12 mètres. Il faut souligner que la forme des murs intermédiaire et interne ne suit pas très exactement celle du mur externe; il semble, en particulier, que les raccordements entre les éléments de façade soient plus arrondis, notamment à l'E. et à l'W. Mais les coins du mur externe ont été de longue date détruits par des rabottages successifs de charrues s'évertuant à arrondir la base des éboulis. La partie la mieux préservée de ces structures muraillées se situe sur la face nord-ouest; les parements y montrent des élévations de 0,62 m pour le mur externe, de 1,42 m pour le mur intermédiaire et 1,90 m pour le mur interne qui affleure au niveau du sommet des parois des chambres funéraires. Entre les deux entrées le mur extérieur est assez bien conservé sur plus de 0.80 m de hauteur. A 1 m en arrière, le mur intermédiaire présente une particularité intéressante; une pierre verticale de 1,20 m de long dont la tranche apparaît dans la paroi gauche de la tombe B est plaquée contre lui et semble constituer un élément de façade visible, masqué secondairement par l'actuel mur externe (fig. 4). L'hypothèse d'un agrandissement du cairn par adjonction de l'actuel mur extérieur est rendue plausible par la mise en évidence d'un fait équivalent et de plus grande ampleur à Dissignac à Saint-Nazaire (7); ici, elle ne peut-être vraiment confirmée, même en se basant sur les petites différences de forme relevées entre le mur intermédiaire et le mur externe.

Les tombes internes (fig. 3)

Les deux tombes contenues dans le cairn ont été maintes fois décrites et nous renverrons le lecteur aux figures qui dispenseront de fastidieux commentaires. Rappelons simplement que la tombe A, la plus au S., correspond très exactement au type des tombes à transept unique; c'est un monument de construction symétrique avec sa chambre terminale quadrangulaire de 7,5 m2 de surface et ses deux chambres latérales (3 m2 et 3,45 m2) ouvertes en vis-à-vis sur le couloir. Rappelons également les particularités du système de couverture et la superposition des dalles du couloir sur les dalles des chambres latérales; au centre du sanctuaire funéraire, le volume de cette croisée en souligne toute l'importance (fig. 5).

Malgré la dissymétrie de la tombe B réduite à une seule moitié longitudinale et limitant la surface de la chambre terminale à 5,00 m2, la construction y est la réplique exacte de l'édifice A. La construction de la couverture de la chambre semble montrer que le plafond ne dépassait pas la hauteur du couloir (fig. 7), ce qui va à rencontre des habitudes des constructeurs des tombes à couloir classiques. La question de la couverture de la chambre A reste toujours en suspens : ou bien les dalles ont été enlevées, mais dans ce cas on peut se demander pourquoi les autres pierres n'auraient pas été également utilisées, ou bien cette couverture était du type à encorbellement, assurant à cette chambre un volume considérable. Cette deuxième hypothèse paraît la plus vraisemblable et l'on imagine facilement l'effondrement de la toiture de la chambre et le pillage postérieur des matériaux, sans aucun doute de bonne qualité (8).

Le matériel archéologique

Les poteries (fig. 9)

Un nombre assez important de vestiges néolithiques a pu être recueilli au cours du déblaiement des éboulis du cairn. Il s'agit essentiellement de poteries.

Caractéristiques générales de la poterie

Les épaisseurs calculées sur 73 fragments sont réparties entre 3 et 11 mm; mais les valeurs supérieures, de 9 à 11 mm, ne correspondent qu'à 5 fragments. La grande majorité se situe entre 3 et 8 mm avec un maximum entre 4 et 7 mm. Ce sont donc, en général, des poteries fines, parfois très peu épaisses, malgré la taille des récipients. Les couleurs des surfaces extérieures se répartissent entre le brun orangé parfois assez clair (5 YR 5/6) jusqu'au noir brun (7,5 YR 3/2). Dans l'ensemble les teintes sont foncées et à dominante brune. Les dégraissants, à l'exception de quelques très rares éléments de taille importante sont très fins (moins de 1 mm de diamètre) et, autant que l'on en puisse juger macroscopiquement, proviennent du broyage de granité ou de roches assimilées.


Le matériel lithique

Il est extrêmement difficile de tenir compte du matériel lithique recueilli, disséminé dans les terres autour du cairn. Il s'agit surtout d'éclats de débitage, très peu souvent retouchés. Un seul outil peut être noté : une petite armature tranchante trapézoïdale à retouches abruptes taillée dans un éclat de quartzite clair.

La liste des matériaux utilisés pour ce débitage comprend :

Aussi bien au nord du cairn des Mousseaux qu'à l'est en contrebas du tumulus des Trois Squelettes, des quantités d'outillage ont été recueillies (10), et la relation de ce matériel avec les sites mégalithiques n'est pas réellement possible à établir.

Conclusion

Le dégagement complet des structures extérieures du cairn des Mousseaux et la découverte d'un matériel assez important ont contribué à clarifier la nature architecturale et la position culturelle des tombes à couloir transeptées de Pornic. Nous savons désormais que ces mégalithes étaient inclus dans un grand cairn quadrangulaire à murailles en gradins. Leur aspect extérieur ne différait donc pas profondément de celui de bien d'autres monuments comme le cairn de Kerleven à la Forêt-Fouesnant ou ceux de Guennoc à Landeda ou encore celui de Ty Floc'h à Saint-Thois; dans cette grande tradition les relations entre le monument et l'espace des vivants restaient à peu près immuables, à quelques détails près de dimensions (11). En revanche l'organisation de l'espace interne, le monde des morts, pouvait être interprêtée assez différemment selon les régions, en fonction de contingences sociologiques ou, plus prosaïquement, de nécessités techniques. A ce propos on peut se demander si l'adjonction de chambres latérales sur le couloir, au milieu de sa longueur, ne permettait pas une utilisation maximum de l'espace déterminé par la taille du cairn; de même, la dissymétrie de la tombe B des Mousseaux résulterait d'un unique problème de relation entre la surface sépulcrale totale offerte par les deux tombes et le volume du cairn engendré par les dimensions des édifices internes. La construction d'une tombe B identique à A eut inévitablement augmenté la surface au sol du cairn et créé en son centre des espaces «inutiles» assez considérables. Il s'agit donc d'une adaptation particulière à un problème qui a dû se poser assez fréquemment, et tout l'art des architectes consistait à trouver des formules économisant considérablement l'énergie dépensée dans ces grandes entreprises.

L'appartenance du cairn des Mousseaux à la période chasséenne est particulièrement bien démontrée et confirme donc les hypothèses déjà présentées. Ce monument relève de la seconde génération des sépultures mégalithiques armoricaines, immédiatement postérieure à celle des chambres circulaires à poterie de type Carn. Cependant l'influence chasséenne apparaît, une fois encore, très nettement adaptée, et derrière son faciès atlantique, il peut être extrêmement hasardeux de rechercher des affinités précises. Le décor des vases-supports, exécuté à cru au poinçon, dessinant des motifs très irréguliers, semble très spécifique de toute la péninsule armoricaine. Les formes des autres vases, avec des profils à col assez haut ou des profils à épaulement, peuvent avoir des lointaines et indistinctes attaches, septentrionales et méridionales.

Le décor d'arceaux sur la panse d'une bouteille ne semble pas avoir beaucoup de parallèles, excepté celui du récipient similaire de Penestin. Cependant on ne peut s'empêcher de trouver quelque analogie avec le décor d'un vase découvert dans le tumulus de Vierville (Calvados), malgré le profil anguleux de la poterie et l'exécution du décor en cannelures (Verron, 1976). De là on peut aussi faire remarquer les motifs en arceaux emboîtés, toujours traités en cannelures dans le style de Castellic-Mane Hui (Bailloud, 1975), et l'on notera plus particulièrement les fragments de Mane-Rouquellec à Plouharnel (Bailloud, 1975, fig. 3) et ceux de l'ilôt d'Er Lannic à Arzon (Bailloud, 1975, fig. 7). Sur ce dernier site la relation entre les poteries à décors cannelés et les coupes à socle peut n'être qu'apparente en raison de l'évolution considérable du site (12), mais on peut au moins constater aux Mousseaux une semblable juxtaposition de poteries à décors d'arceaux emboîtés et de coupes à socle de style Er Lannic sans pouvoir être plus affirmatif sur leur stricte contemporanéité.

Les tombes mégalithiques transeptées de l'estuaire de la Loire

Ainsi que nous l'avons déjà souligné dans les généralités la région de Pornic fut très vite reconnue pour l'originalité de ses constructions mégalithiques. En fait cette architecture, dont le cairn des Mousseaux est à l'heure actuelle l'exemplaire type, est connue du nord de la Brière à l'Ile d'Yeu; le centre de cette répartition qui correspond aussi à la plus forte densité de monuments se trouve bien de part et d'autre de l'estuaire du canal de Haute-Perche à Pornic (fig. 12). Malheureusement beaucoup d'édifices ont été détruits ou sont en ruines, victimes de l'urbanisation littorale ou de l'avancée de la mer; à l'exception du cairn des Mousseaux aucun n'a été fouillé convenablement.

Les plans des différents monuments à transept montrent tout à la fois une assez remarquable homogénéïté du style et certaines variabilités des surfaces et volumes des éléments constituants. Ainsi peut-on observer des chambres latérales relativement petites, comme aux Mousseaux ou à la Planche à Puare, et d'autres qui sont plus vastes, comme celles de Riholo ou de Prédaire. Il en va de même pour les dimensions des chambres terminales puisqu'aux petites chambres de Riholo et Prédaire s'opposent celles, plus vastes, de Pornic A et de la Joselière. Il est sans doute intéressant de remarquer que des monuments très éloignés, comme le Riholo à Herbignac et le Prédaire au Clion, peuvent avoir des plans très similaires.

L'un des points les plus remarquables de l'étude de ces édifices concerne leur répartition et leur position topographique. A l'Ile d'Yeu et à Noirmoutier ils se dressaient à l'extrême occident de ces territoires. La situation des monuments de Pornic - Le Clion n'est guère différente car tous dominent nettement le rivage dont ils sont bien souvent fort proches. L'étroite relation de ces mégalithes avec la mer ne peut être contestée, et l'on retrouve ainsi l'une des tendances de l'architecture mégalithique la plus précoce. Il suffira de rappeler parmi tant d'autres quelques exemples célèbres, Barnenez (Plouezoc'h), Beg an Dorchenn (Plomeur) ou Petit Mont (Arzon) sur leurs promontoires, et encore Guennoc (Landéda), Carn (Ploudalmezeau), l'Ile Longue, Gavrinis (Larmor-Baden) et Penhape (Ile aux Moines), sur des îles et îlots proches du continent.

La position de la tombe transeptée du Riholo à Herbignac n'est pas tellement différente. Nous avons montré que la situation de l'ensemble des monuments autour de la Brière correspondait assez étroitement à celle des mégalithes du Golfe du Morbihan. Le marais constituait une dépression humide en bordure de laquelle furent établies les architectures funéraires, et le site du Riholo en particulier était limité, au moins sur trois côtés, de vallées inondées (L'Helgouach, 1980).

Conclusion générale

Les sépultures mégalithiques transeptées de l'estuaire de la Loire, bien représentées par le cairn des Mousseaux à Pornic, sont liées à une tendance architecturale générale que caractérise l'adjonction de chambres latérales sur des édifices dont le plan de base reste celui de la tombe à couloir. Elles constituent une unité régionale très typique et permettent d'identifier l'existence d'une petite société néolithique originale, particulièrement centrée autour de la baie de Bourgneuf mais pouvant avoir des antennes jusque vers le nord de la Brière; une meilleure connaissance de certains édifices mal dégagés au nord de l'estuaire de la Loire permettra peut-être d'établir des Maisons plus intenses entre les deux rives du fleuve (15).

La position chronologique des tombes à transept est définie par le matériel archéologique, fortement influencé par la culture chasséenne avec coupes à socle, donc à la charnière des IVe et IIIe millénaires. Les quelques gravures de la tombe de la Croix à Pornic confirment les relations culturelles avec les sociétés du Golfe du Morbihan.

Une réutilisation de ces tombes à la fin du Néolithique est attestée dans la tombe de la Croix et au Prédaire.

Notes